Je me souviens des cours de S.V.T. au collège où on apprenait le fonctionnement du cycle menstruel. Je me souviens des diagrammes un peu rigides des vagues d’hormones aux noms imprononçables, de la gêne de voir des schémas de corps nus à côté de mes camarades. Pourtant, derrière ces théories scolaires, j’avais été fascinée d’apprendre la complexité – qui relève presque du miracle quand on y pense – de ce que le corps est capable de faire, de ce qu’il orchestre en silence. On nous a rarement transmis les clefs pour apprivoiser ce rythme et comprendre son fonctionnement; c’est pourtant un moyen de se réapproprier son corps et d’en comprendre les mystères. Dépoussiérons un peu les vieux souvenirs d’école et entrons ensemble dans cette magie. ♥

Avertissement : les durées et repères temporels donnés dans cet article sont purement indicatifs. Chaque corps est unique : la durée des phases, l’intensité des flux ou la régularité du cycle varient considérablement d’une personne à une autre, au cours de la vie et en fonction de multiples facteurs.
Petit point d’anatomie


Avant de dérouler le fil du cycle, faisons un petit état des lieux de l’écosystème féminin. Quatre acteurs principaux travaillent en synérgie en arrière-plan :
☻ Les ovaires : deux petites glandes situées de chaque côté de l’utérus. Elles abritent notre réserve d’ovocytes depuis la naissance et fabriquent nos principales hormones sexuelles (oestrogènes et progestérone).
☻ Les trompes de Fallope (ou utérines) : Deux fins canaux qui relient les ovaires à l’utérus. C’est ici que l’ovocyte voyage chaque mois et que la rencontre avec un spermatozoïde peut avoir lieu.
☻L’utérus : Un organe musculaire creux et très extensible. Sa paroi interne, l’endomètre, s’épaissit tout au long du cycle pour accueillir une éventuelle grossesse. Si aucune fécondation n’a lieu, c’est cette muqueuse qui s’évacue : ce sont les règles.
☻ Le col de l’uterus : La porte d’entrée située au fond du vagin. Il sécrète la glaire cervicale, ce fluide naturel qui change de texture au fil du mois pour laisser passer (ou bloquer) les spermatozoïdes.
Ce ne sont pas uniquement les ovaires et l’utérus qui gèrent le cycle. Tout commence plus haut, dans le cerveau, où l’hypophyse et l’hypothalamus envoient les signaux chimiques pour lancer chaque étape.
Les quatre phases dy cycle : les quatre saisons intérieures
Le cycle menstruel est un processus naturel orchestré par le corps pour préparer une éventuelle grossesse. De la puberté (autour de 10 à 17 ans en moyenne) jusqu’à la ménopause (de 45 à 55 ans en moyenne), le corps traverse environ 450 cycles au cours de sa vie. Le cycle commence le premier jour des règles et s’achève le jour précédent les règles suivantes, soit en moyenne entre 21 et 35 jours.
On peut diviser le cycle en 4 étapes :
❀ Les règles (jours 1 à 5) : en l’absence de grossesse, l’utérus élimine sa couche interne (la couche superficielle de l’endomètre) en un flux sanguin identifié comme les règles.
❀ La phase folliculaire (jours 6 à 13) :
sous l’action des hormones, la paroi de l’utérus s’épaissit et se gorge de sang. En parallèle, plusieurs follicules mûrissent dans les ovaires jusqu’à ce qu’un follicule dominant libère un ovule.
❀ L’ovulation (vers le jour 14) : l’ovule mûr est libéré par l’ovaire et entame son voyage dans la trompe utérine (ou trompe de Fallope). Si un spermatozoïde le féconde, une grossesse peut avoir lieu dans la dentelle utérine.
❀ La phase lutéale (jours 15 à 28) : Le corps jaune (reste du follicule) sécrète des hormones pour maintenir l’endomètre prêt pour une
nidation. Sans fécondation, la chute hormonale entraîne la désagrégation de l’ endomètre, déclenchant les règles suivantes.
Les hormones, les messagères du corps
♥ La FSH (Hormone Folliculo-Stimulante) : sécrétée par l’hypophyse en début de cycle (après les règles), elle stimule la croissance des follicules dans les ovaires.
♥ Les oestrogènes : agissent en première partie du cycle (phase folliculaire) pour construire et épaissir la paroi utérine.
♥ La LH (Hormone Lutéinisante) : son pic brutal vers le milieu du cycle déclenche la libération de l’ovule (ovulation).
♥ La progestérone : prend le relais en seconde partie de cycle (phase lutéale) pour maintenir l’épaisseur de cette paroi. Lorsque le taux chute brusquement en fin de cycle (1 semaine avant les règles), le signal est donné pour évacuer l’endomètre et déclencher les règles.
Les variations hormonales rythment l’ensemble de ce processus :



Ce qu’il faut savoir sur le flux et les règles
♦ Les règles ne sont pas du sang ordinaire, mais un mélange de sang, de sécrétions vaginales et de tissu endométrialdésagrégé.
♦ L’aspect et l’odeur peuvent varier selon les moments. Ces variations fournissent des indications précieuses pour le suivi de votre cycle et d’éventuels problèmes.
♦ La durée moyenne des règles est de 2 à 7 jours. Le volume de sang est d’environ 30 à 50 ml, soit 3 à 4 cuillères à soupe par cycle.Si une protection est saturée en moins de 2 heures, cela signale des règles très abondantes qui méritent un avis et/ou une surveillance médicale.
Les options de protection menstruelles :
✿ jetable : serviettes hygiéniques, protège-slips et tampons en coton biologiques non blanchis au chlore pour limiter l’exposition aux résidus chimiques (pesticides, dioxines, parfums synthétiques)
✿ Réutilisable : culottes de règles, coupes menstruelles (ou cups), disques menstruels, serviettes ou protège-slips lavables, éponges naturelles.Dans tous les cas, veillez à respecter le temps de port maximal par produit et à entretenir régulièrement vos objets réutilisables afin d’éviter toute infection.
Pertes blanches, fertilité et suivi
☺ Les pertes blanches (ou glaire cervicale) sont des fluides sécrétés par le vagin pour assurer son hydratation et préserver son équilibre bactérien. Le vagin étant autonettoyant, les douches vaginales et savons internes sont à proscrire absolument. Des pertes changeant brusquement de couleurs (vertes, grises, jaunâtres) ou devenant odorantes/granuleuses peuvent indiquer une infection qui nécessite une consultation médicale.
☺ La fenêtre de fertilité dure de 5 à 6 jours en moyenne car un ovule survit 24h, tandis que les spermatozoïdes peuvent vivre jusqu’à 5 jours dans la glaire cervicale.
☺ La mise en place d’un suivi de cycle peut être utile pour repérer des symptômes et anticiper chaque étape du cycle avec le plus de lucidité. Certaines applications le proposent, mais cela peut aussi se faire manuellement dans un carnet.
Le cycle peut être influencé par différents facteurs : stress physique, émotionnel, variations de poids, déficit d’apport calorique, sport intense, prise médicamenteuse, contraception, pilule du lendemain, pathologies endocriniennes ou gynécologiques. En cas d’absence de règles hors grossesse, on parle d’aménorrhée.
Quand consulter ?
Le cycle ne doit pas être une souffrance et non, les règles ne doivent pas faire mal. Toute douleur qui altère ou qui gêne le bien-être mérite d’être prise en charge. En revanche, une légère sensation de lourdeur dans le bas-ventre ou de petites crampes qui cèdent facilement au repos ou avec un antalgique doux ne sont pas nécessairement anormales. Il convient de prendre RDV avec un·e médecin généraliste, de préférence spécialisé·e en gynécologie, un·e sage-femme ou un centre de planning familial si :
☆ Les règles créent des douleurs invalidantes qui persistent, s’intensifient et qui résistent aux antalgiques de base (ibuprofène, paracétamol, Spasfon), t’empêchent d’effectuer tes activités, de travailler ou de dormir.
☆ Les pertes blanches sont de couleurs ou d’odeur inhabituelles et associées à des démangeaisons, brûlures, douleurs et/ou rougeurs.
☆ Le sang des règles est d’aspect et de couleur inhabituels.
☆ Des symptômes prémenstruels importants apparaissent (SPM sévère), notamment s’ils s’accompagnent d’un impact psychologique fort (sautes d’humeur intenses, état dépressif) pouvant évoquer un TDP (Trouble Dysphorique Prémenstruel).
☆ Des pathologies comme l’endométriose, le SOPK ou SMOP (Syndrôme des Ovaires Polykystiques ou Syndrome Métabolique et Ovarien Polyendocrinien ) ou les fibromes sont suspectées.